Deuil et séparation : un petit autre en soi

Nombreux sont les patients qui évoquent avec douleur l’expérience de la séparation. La peur de voir l’autre s’échapper ou la difficulté de le quitter, même lorsque cela s’impose, sont les mêmes signes d’une angoisse inhérente à l’existence du sujet.

 

Centrale, cette question est parfois énoncée à mot couvert. Tel patient dit ne plus supporter son conjoint, mais ajoute qu’il ne pourrait pas vivre sans lui. Tel autre affirme qu’il s’accommode très bien d’une vie en solitaire, mais rêve au fond d’une existence à deux. Derrière ces mots se cachent l’angoisse de la perte.

 

Philippe Jeammet décrit trois enfants : le premier suce son pouce quand la mère le couche, il est calme et s’endort. Le deuxième a besoin de la présence du parent pour s’endormir et pleure tant qu’il ne revient pas. Le troisième se tape la tête contre les barreaux de son lit. Il a besoin de se faire mal pour ressentir une douleur physique car l’absence de la mère est trop insupportable.

 

Si le bébé n’est pas parvenu à constituer au creux de lui un petit autre, objet substitut de la mère – ou du parent nourricier -, la séparation sera pour lui très douloureuse. Tel est le cas, à des degrés différents, du deuxième et du troisième bébé. L’un différencie le parent de lui, mais n’en a pas encore métabolisé l’absence. Tandis  que l’autre vit son départ comme une destruction : la séparation d’avec le parent, qui est comme une partie de soi pour cet enfant, provoque la sensation de division  du moi, de dissolution.

 

Le bébé calme et qui s’endort seul est à même de faire appel à des représentations de l’objet, à en trouver la trace en lui. Il fait l’usage du pouce par exemple, pour forger cet autre en soi permettant d’accepter la séparation physique d’avec le parent, et ce sans souffrance.

 

Le jeu du « parti/voilà » décrit par Freud, et repris par Lacan, illustre cette question. Freud observe un petit enfant qui joue seul avec une bobine dans sa chambre et après le départ de son parent.  Le jeu consiste à faire partir et revenir la bobine.  L’enfant prononce « partie» quand elle s’éloigne,  et « voilà » quand elle revient.  Ainsi, il se raconte l’histoire du départ et de la réapparition du parent. Il en apprivoise les effets réels par le jeu et métabolise l’absence de l’autre par le geste et les deux mots qui les accompagnent. Par ce cheminement, il accède à une autre dimension symbolique : celle de la représentation de l’autre dans son absence.

Ce travail est une préfiguration de la séparation et du deuil possible. Guérir de la disparition d’un être cher, c’est apprendre à l’aimer autrement, et surtout, c’est garder en soi quelque chose de lui, que l’on peut chérir (J.-D. Nasio). L’acquisition de cet apprentissage  se fait dès les premiers âges et conditionne le vécu des séparations futures.

 

La thérapie est le lieu de cette élaboration dès lors qu’elle s’est montrée défaillante par le passé. Une séparation est toujours douloureuse. Mais elle n’est pas forcément pathologique. Un deuil est une épreuve, mais qui, dans la plupart des cas, peut être surmontée. Une souffrance de plus d’un an demeurée intacte est souvent le signe que le choc n’a pas trouvé les instruments de sa métabolisation. Le travail psychothérapique est l’espace de la constitution, pas à pas, d’un autre en soi permettant d’affronter la séparation tout à la fois douloureuse et constitutive de l’être.

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