Mommy

Quoi qu’il ait fait, malgré une loi canadienne fictive qui instaurerait le droit pour le parent de faire interner son enfant si son comportement devient impossible,  une mère tient bon jusqu’à risque d’y passer, elle comme son fils. Leurs querelles sont des guerres où les insultes et les coups frappent sans limite. La violence de leurs gestes et de leurs mots sonnent à chaque fois comme un coup de grâce, une estocade.

Pourtant, ils se relèvent et continuent. « Toi et moi, on est une team » dit le jeune homme à sa mère, signant la réalité d’un combat contre eux-mêmes, alors que tout irait bien, s’il n’y avait pas cette maladie, le TDAH (Trouble Déficit de l’Attention/Hyperactivité).

Steeve souffre de troubles du comportement. Il lui est impossible  de maintenir son attention et sa susceptibilité est  à fleur de peau, entrainant des réactions d’opposition violentes et destructrices. Dans la rue, au centre où il est traité, en famille, partout où il va, il agresse les uns et les autres  jusqu’à susciter l’effroi. Car l’enfant, du haut de ses 16 ans, fait peur. Et sans doute décuple t-il ses forces dans les moments de crise qui le saisissent.

Hors ces furies , il y a des instants de grâce, où le temps est suspendu. L’enfant emporte l’autre dans sa folie, son humeur de Pierrot fou.

Puis tout s’assombrit. Les tempes du jeune homme s’agitent comme celle d’un buffle devant sa proie. L’élan vital devient source d’anéantissement.  Son visage est expression de fureur couleur sang. Les yeux fixent mais ne regardent plus, ils sont hors l’espace, comme visant à détruire tout ce qui existe.

Sa mère prend peur. Comment pourrait-il oublier qui elle est ? Il l’étrangle et elle le frappe dans un dernier sursaut. Le coup  fatal a manqué sa cible, pour un temps.

Steve a perdu son père il y a trois ans. Il est fils unique et sa mère vivait seule avant qu’il  ne revienne du centre de soin où il était enfermé, ne parvenant pas, malgré ses tentatives, à refaire sa vie. Elle n’a que lui, son malheur et sa passion.

Quand elle rentre dans sa chambre, elle collecte sous ses yeux les  mouchoirs froissés de ses joutes solitaires, malgré la colère qu’il éprouve à l’égard de ces gestes intrusifs et incestuels. Pourtant, devant sa porte, dans le couloir baigné d’une lumière ocre rouge, torse nu, il pose un baiser d’amant sur ses lèvres qu’elle ne retirera pas.

Aucun tiers ne peut s’imposer. Le seul possible était le père. Sa disparition laisse la mère et l’enfant reconstituer sans frontière  le lien originaire.

Steeve détruit les amants de passage, même s’ils peuvent lui être utiles contre la loi qui poursuit sa mère pour ses méfaits. Le couple infernal fait  le vide. Personne ne peut résister à son étreinte de mort.

Personne ? Une seconde maman, voisine d’en face, ex-enseignante à cause de son bégaiement, se rapproche du couple. Elle vit une existence recluse et sinistre avec son mari et sa petite fille. Elle ne répondra jamais à la question de Diane sur ce qui s’est passé. Des photos d’enfants jalonnent sa maison… Steeve et sa mère éclairent sa vie. Ils ne se quittent plus, partagent tout comme si les autres n’existaient pas. La fusion à trois prend, miraculeusement. Le jeune homme apprivoise ce tiers dans une scène de violence et de séduction comme avec sa mère. Elle gagne sa confiance et le droit d’entrer dans sa vie. Grâce à elle, l’enfant  progresse dans ses cours. Il reprend espoir. Les deux mères parlent et rient comme deux sœurs ou amies de toujours. Quelque chose de magique et d’inespéré se produit. Elles sortent l’une et l’autre de leur solitude et de leur malheur, pour un temps. La voisine n’est pas une menace pour le couple. Elle l’aide même à se réguler. Mais cette deuxième mère n’est pas un tiers. La passion destructrice est en marche.

Mommy est l’histoire d’un amour, le première, le plus fort, celui que tous recherchent dans les yeux d’un autre, sans le retrouver jamais. La passion n’est pas une rencontre. Elle est même le symptôme d’une impossibilité dévorante : celle de croire que l’objet d’amour originel et unique est enfin trouvé, alors qu’il n’a de cesse de se défiler.  Il est le visage de Lévinas, si proche et insaisissable, jamais aussi loin qu’il n’est à porté de main.

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Quoi qu’il ait fait, malgré une loi canadienne fictive qui instaurerait le droit pour le parent de faire interner son enfant si son comportement devient impossible,  une mère tient bon jusqu’à risque d’y passer, elle comme son fils. Leurs querelles sont des guerres où les insultes et les coups frappent sans limite. La violence de […]

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