Psychothérapie brève : un débat en trompe l’œil ?

Entre amis, à l’hôpital, au café, l’on entend souvent les mêmes discours à propos de la psychothérapie    : « les thérapies qui durent des années, non merci », « j’ai entendu parler des thérapies courtes et efficaces, un peu comme du coaching, et c’est cela que je veux ».

 

Comment ne pas être d’accord ? Pourquoi passer des années à voir un thérapeute alors qu’en quelques séances le problème serait réglé ?

 

Ces remarques de bon sens n’inspirent aucun doute : opter pour une thérapie brève serait la seule réponse. A moins, comme le pensent certains, de vouloir mieux se connaître, d’explorer plus avant le sens de son existence, sans urgence, contrainte ni douleur. Avec la crainte peut-être de voir émerger ici ou là quelque chose d’inattendu, de perturbant. Sans plus. Mais si l’on va mal,  pas question de tergiverser : les thérapies brèves s’imposent.

 

Et pourtant. Si le symptôme existe, c’est qu’il a une fonction. La douleur  lancinante et durable dont se plaint le patient est là pour masquer une autre souffrance, beaucoup plus ancienne, et dont le sujet tente, par des moyens de fortune, parfois très couteux,  d’échapper à tout prix.

 

Prenons l’exemple du TOC -Trouble Obsessionnel Compulsif -, expression d’un doute, par exemple sur la propreté, le rangement ou la sécurité. Il est la cristallisation d’un doute bien plus ancien, inscrit dans l’inconscient du sujet. Le TOC, bien que très contraignant, parfois insupportable pour soi et pour les autres, est une défense contre l’angoisse. Lorsque le patient effectue son geste répétitif, il résout une tension interne qui, sans cet exutoire, pourrait le déborder.

 

Un autre exemple, celui de la phobie, celle de l’obscurité, illustre la question originelle  du lien et de sa rupture. Elle prend sa source dans l’angoisse de séparation qui trouve sa résolution momentanée dans la crainte d’un objet ou d’une situation  devenus germe de terreur. Le petit enfant fixe son angoisse sur la peur du noir. Mais derrière cette frayeur, se cache une crainte plus archaïque : celle de la perte du soin premier qui, par le moyen de l’objet phobique, est circonscrite dans ces moments de solitude aveugle.

 

Enfin, en dernière illustration, la dépression. Elle est une fièvre. Son origine est un conflit psychique archaïque et non résolu. Un événement récent (deuil, séparation, choc…) ravive les blessures du passée en créant un effet rebond jusqu’à  amplifier les secousses. L’événement actuel fera office de caisse de résonnance d’un débordement émotionnel beaucoup plus ancien.

 

 

Mais si le symptôme fait mal, le patient semble s’y accrocher, malgré lui. Au point parfois de donner le sentiment de ne pas vouloir s’en séparer, comme d’une complainte infinie, antienne, aux accents souffreteux, caractéristique de l’hystérique, et qui, au fond, constitue la source d’une véritable jouissance dans sa répétition.

Le symptôme se répète. Ses effets sont tout à la fois rassurants et épuisants, paradoxe dans lequel enferme, avec plus ou moins de souffrance, la maladie psychique.

 

Dans cette répétition incessante, le sujet se confirme qu’il est le même.

Dès les années 1920, Freud bat en brèche son principe de plaisir. Le sujet ne chercherait pas le plaisir à tout prix, mais la reviviscence du passé. La pulsion aurait pour vocation principale de se  répéter.  L’économie du patient reproduirait un état déjà vécu. Et la convulsion serait à la fois un lieu de décharge et de répétition : décharge de la tension accumulée et répétition compulsive du passé. Le patient trouverait, dans ce cycle sans fin, l’expression  d’une certaine jouissance. Et la répétition serait la confirmation qu’il est le même (J. -D. Nasio),  que malgré les oscillations de la vie, il conserve une unité d’être.

 

Nous le constatons, si le symptôme est un point de canalisation d’une douleur et l’expression d’une pulsion de répétition, sa disparition en quelques séances ne modifie qu’à la marge l’économie générale du sujet. La souffrance déguisée sous des traits spécifiques à chaque pathologie – obsession, phobie…- n’a pas disparue. Et le ou les symptômes d’origine changeront de forme, de stratégie de défense. A titre d’exemple, on observe souvent, à la suite du traitement express d’une phobie par exemple, un renforcement des défenses obsessionnelles, beaucoup plus envahissantes et difficiles à traiter que le mal d’origine : il peut advenir qu’un ex phobique de l’avion cristallise son angoisse dans la traque de la saleté ou du désordre.  L’obsession est une phobie qui a mal tournée, disent certains psychanalystes.

 

 

Mais le symptôme devient parfois si embarrassant, si invivable – comme les disciples du tyran se révèlent plus tyranniques que leur maîtres -, qu’il peut s’avérer,  lui aussi, destructeur.  Tel est son paradoxe : érigé comme une défense, il peut être plus dangereux que le mal dont il  protège.

 

Comment vivre si l’on ne parvient plus, sans peur, à sortir de chez soi ? Ou si parler à quelqu’un est une torture ? Ou encore, si l’on passe des journées entières à vérifier la propreté de son appartement ?  Que faire dans ces cas ? Traiter la douleur sans tenir compte de ses racines ? Ou aller déceler ses causes sans considération du présent ?

 

Il convient ici d’apprécier le danger et la gravité de l’état du patient.

Une personne qui souffre d’une dépression grave avec idées noires ou qui ne peut plus sortir de chez elle est en danger. Un travail de longue haleine pour débusquer le germe du mal sera dès l’abord difficile, la personne souffrant trop. Et de surcroit, ne pas attaquer directement le symptôme exposerait le sujet à des risques majeurs. Sans compter bien sûr le mal qui torture jour après jour et rend la vie impossible.

Dans ces cas de crise, il faut agir, et en ce sens, la  médication ou les approches brèves peuvent aider.

 

Mais  si traiter la souffrance est un préalable, en rester là peut compromettre l’avenir du sujet. Et le prochain choc risque d’être encore plus douloureux. C’est donc l’association des approches brèves et exploratoires qui s’impose ici. Bien entendu, l’intervention de plusieurs praticiens est alors nécessaire, chacun conservant sa posture sans mettre à mal  le travail entrepris.

 

 

A ce stade de la réflexion, une objection de taille reste en suspend : et si certains événements n’étaient pas en soi des sources traumatiques ? Doit-on toujours penser que la souffrance est liée au passé ?  La disparition d’un être cher, un accident de la vie, un choc, provoquent des secousses objectives. Pour autant, chacun les vivra différemment selon son terrain psychique. Si la secousse est réelle, son vécu subjectif est variable. Et lorsque l’impact du choc est intact des années après, la question de la résonnance qu’il a provoquée se pose avec acuité. La thérapie exploratoire, de type analytique par exemple,  ira voir du coté de la construction psychique et de son histoire. L’écho est d’autant moins fort que le terrain est souple et défriché.

 

En conclusion, ne pas laisser la personne s’enfermer dans sa souffrance est capital. Les thérapies brèves, médicamenteuses ou non, ont cette fonction. Mais éviter que le mal se déplace insidieusement est tout aussi nécessaire. Pour cela, un travail de fond est requis.

La psychothérapie de fond  n’évite pas les chocs de la vie. Mais elle permet de s’en relever  plus vite et plus facilement, comme un corps rompu à l’exercice. Le symptôme est une défense rigidifiante. Elle est le moyen d’élargir la focale, d’assouplir le fonctionnement psychique et de diminuer, sans fard, le mal qui ronge et empêche de vivre.  Elle est le gage d’une liberté conquise pour les années à venir.

 

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